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vendredi 1 mars 2013

L'équation mathématique de l'orientation avec les personnes Asperger

Dans mon précédent billet, je vous parlais de ce qu'on apprend des neurosciences au sujet de la prise de décision. Dans toute décision prise par l'être humain, qu'elle soit banale ou complexe, le cerveau traite à la fois de l'information extérieure (faits) et intérieure (émotions). Autant cela a pris beaucoup de recherches scientifiques pour le démontrer, aucun conseiller d'orientation ne sera surpris d'apprendre cela. Dans la plupart des démarches d'orientation, nous identifions les émotions suscités par le choix de carrière et les utilisons pour guider notre client. La construction de l'identité, les modèles professionnels, les valeurs, les attentes et espoirs face au futur relèvent tous de la sphère émotive. Nous savons que la compréhension des émotions est une tâche très complexe, voire insurmontable, pour les personnes Asperger. Se projeter dans le futur l'est encore plus, compte tenu que le cerveau doit jongler avec une multitude de scénarios hypothétiques dont la valeur est fictive. Dans ce contexte, il s'impose de travailler avec des données concrètes.

C'est un professeur d'architecture au collège où je travaille qui m'a donné une bonne piste d'intervention.
Il m'expliquait comment il avait réussi à faire cheminer un étudiant Asperger dans l'un de ses cours, en découpant en petites séquences les étapes d'un travail pratique à réaliser à la maison. Il avait observé que l'étudiant n'était pas capable d'inférer les liens entre les différentes étapes du projet à réaliser. Mais lorsqu'on décortiquait le travail en séquences, il comprenait facilement la tâche. J'ai décidé de revoir ma démarche d'orientation avec les clients Asperger de cette façon. Je l'ai présentée comme la résolution d'équations mathématiques. Je vous entends déjà dire que vous n'aimez pas les maths et que la relation d'aide n'a rien à voir avec les calculs... Mais faites moi confiance en poursuivant ces quelques lignes.

Pour qu'une équation mathématique puisse être résolue, nous devons avoir un minimum de variables inconnues et un maximum de variables connues. La première étape avec le client Asperger est d'identifier quelles variables on cherche et quelles variables on connait. La variable inconnue est le programme et/ou métier à poursuivre et les variables connues sont ses expériences et caractéristiques personnelles.

Notre première équation aura 3 variables :
1) L'ensemble des sujets d'intéret, passions, moins les actions ou contextes qui déplaisent au client;
2) Les forces, moins les limites perçues par les parents, intervenants et professeurs du client (1);
3) La 3e variable est la variable inconnue, qui se retrouve de l'autre côté du signe égal.

Voici à quoi ça ressemble :
(ce que j'aime - ce que je veux éviter) + (forces - limites perçues par l'entourage) = métier potentiel

Vous reconnaissez tout de suite la démarche qu'on peut appeller traditionnelle. C'est surtout un changement de langage, de format et de présentation en séquence que je propose. De plus, le recours à la famille, aux proches et à l'équipe multidisciplaire est esssentiel. C'est avec leur aide que nous pouvons compenser pour les difficultés d'introspection. Nous pouvons ensuite présenter sur une grande feuille un schéma qui synthétise en quelques groupes de mots clés les informations colligées. L'étape suivante est de résoudre l'équation avec le client, à savoir, identifier la variable inconnue du métier qui équivaut aux autres variables. Cette étape impliquera plus de directivité de la part du conseiller et un bon travail de recherche d'information scolaire et professionnelle.  

Avant de vous perdre avec trop d'informations, je m'arrête ici. Dans mon prochain billet, je vous présenterai un exemple fictif mais inspiré d'un cas réel. Comme à la fin de chaque billet, je vous souhaite une bonne lecture et j'attendrai vos questions et commentaires !
Émilie Robert, c.o.

(1) Les éléments de la variable 2 sont identifés grâce à des rencontres avec les professeurs, intervenants et parents de l'étudiant. Nous devons obtenir le consentement écrit de l'étudiant pour pouvoir communiquer des informations relatives à la démarche d'orientation du client avec ces tierces partis.