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jeudi 12 décembre 2013

Un magazine réalisé par des étudiants Asperger : Lunatic

Dans mon billet du 15 novembre 2013, je vous parlais d'une initiative que mes collègues et moi avons mise en place pour aider les étudiants Asperger et autistes à développer leur sentiment de compétence. En guise de bref rappel, voici un peu l'historique des événements. J'avais remarqué que plusieurs des étudiants ayant un trouble du spectre de l'autisme me faisaient part de trois choses :
1) Un désir et une difficulté à se faire des amis et des contacts;
2) Très peu voire pas d'expérience de travail et une inquiétude quant à leur future insertion professionnelle;
3) Par pur hasard, une passion et un talent pour l'écriture, sur toutes sortes de sujets dépendant de l'étudiant.

Mes collègues et moi avions donc pris le risque de leur proposer de les réunir, alors qu'ils ne se connaissaient pas et de les guider dans la réalisation d'un magazine semestriel dont ils seraient les maîtres d'oeuvre et prendraient toutes les décisions : les thèmes, les contenus, la longueur des articles, les images, la mise en page, etc.

Tout augurait pour le mieux au fur et à mesure du déroulement du projet. Mais le résultat a dépassé nos attentes ! Leur travail a produit un superbe magazine, captivant et rédigé avec brio. Ils ont aussi beaucoup attiré l'attention des médias suite au lancement du magazine, car il est rare qu'on entend parler de personnes autistes qui travaillent en équipe et relèvent un tel défi.

Il va sans dire que nous sommes très fiers d'eux ! Aussi, je suis émue d'observer chez chacun d'eux les bénéfices suivants :
1) Une hausse significative de la confiance en soi au regard du travail d'équipe et du travail de rédaction;
2) Un apprentissage des relations de travail;
3) Pour la plupart, une confirmation de leur choix professionnel dans le domaine de l'écriture et l'édition.

... De la musique aux oreilles d'une conseillère d'orientation.

Le projet se poursuit, avec une 2e édition au printemps 2014.

J'ai inséré le magazine en lien internet. Vous pouvez le télécharger à l'adresse suivante :
http://www.cmontmorency.qc.ca/images/stories/fichiers_actualite_evenements/magazine_lunatic_volume_1_no1.pdf

Pour plus d'infos, vous pouvez consulter les différentes entrevues radio et télévision que voici :

Émission de radio Médium Large du 27 novembre, 2013 avec Catherine Perrin :
http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/chronique.asp?idChronique=321281

Émission de radio Info Matin du 27 novembre 2013, avec Joane Prince (15e minute) :
http://www.radio-canada.ca/emissions/info_matin/2013-2014/archives.asp?date=2013-11-27

Émission télé TVGL du 11 décembre 2013 (4e émission en défilant le menu déroulant à droite) :
http://www.tvgl.ca/emission%201300/tvgl_1312/tvgl_1312.html

Ceci sera mon dernier billet de la saison d'automne 2013.
Je vous souhaite un très joyeux temps des fêtes et au plaisir de vous retrouver en janvier !
Émilie Robert. c.o.

dimanche 24 novembre 2013

Devrait-on divulguer son diagnostic ?

Lorsqu’on est en fauteuil roulant ou qu’on a un chien-guide, la question du diagnostic ne se pose pas tellement. Bien que l’entourage ne connaisse pas le nom scientifique du trouble de la personne, il fait consensus que cette personne a des besoins différents des autres. Mais dans les cas de troubles neurologique, d’apprentissage ou de santé mentale, autrement dit, les troubles invisibles, c’est pas mal moins évident.

Si je me fie à mon expérience avec ma clientèle, divulguer son diagnostic à ses professeurs, collègues et voire même patrons, offre plus d’avantages que d’inconvénients. J’admets qu’il y a quelques exceptions, comme les cas de santé mentale pour lesquels il y a encore beaucoup de stigmatisation. La schizophrénie fait peur. La bipolarité, bien que de plus en plus médiatisée, inquiète.

Quant aux troubles du spectre de l’autisme (TSA), je crois que de connaître et ensuite divulguer son diagnostic aide la personne plus que de lui nuire. Non seulement je l’observe chez mes étudiants, mais je l’ai lu dans la biographie de dizaines de personnes Asperger (Grandin, T. (2012). Different… Not Less, Future Horizons Inc.).

Il faut dire que les TSA ne sont pas si invisibles que ça. Les professeurs, amis et entourage constatent un comportement visiblement différent, mais qui peut être confondu avec de la paresse, de la mauvaise volonté ou de l’hyperactivité.

Tout est dans la manière qu’on va expliquer à l’autre le diagnostic. À titre d’exemple, voici comment mes collègues et moi s’adressons à des professeurs, avec le consentement écrit de l’étudiant, pour parler d’un diagnostic de TSA. Nous expliquons que l’étudiant a un profil d’habiletés inhabituel. Ensuite, nous décrivons ses forces et ses talents particuliers. Ensuite, nous expliquons quelles sont les situations qui rendent notre étudiant plus vulnérable et comment peuvent se manifester le stress, la fatigue ou l’anxiété. De cette façon, le message reçu par le professeur est : « Voici une personne comme vous et moi, qui a ses particularités comme vous et moi, mais qui sont très différentes de vous et moi. »  Je crains qu’auparavant, le message qu’on envoyait aux professeurs était : « Vous aurez un extra-terrestre votre classe, voici comment l’aider à être plus normal. »  Bien entendu, nous aidons l’étudiant à trouver des formulations pour présenter positivement son diagnostic. Nous travaillons à ce qu’il intègre cette façon de communiquer.

Les gens des communications et de la politique ne nous le diront jamais assez : Tout est dans le message !
En espérant que ce billet suscite la réflexion…
À bientôt !

Émilie Robert, c.o.

vendredi 15 novembre 2013

Comment développer le sentiment de compétence chez les personnes Asperger

La majorité des intervenants en réadaptation vous le diront : Il faut miser sur les forces de nos clients. Autant cela relève presque du gros bon sens, c’est drôlement plus difficile à mettre en application. D’autant plus avec des personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme pour qui l’introspection et l’auto-évaluation à partir de questionnaires sont particulièrement ardues. Cet automne, à mon collège, nous avons décidé de mettre en place une activité qui favoriserait le développement du sentiment de compétences techniques, mais surtout sociales, de nos jeunes ayant le syndrome d’Asperger. Je suis consciente que cet exemple ne pourra pas s’appliquer à la réalité de tous les milieux. Néanmoins, j’espère qu’il puisse vous être une source d’inspiration. 

L’an dernier, mes collègues et moi avions entendu un besoin chez nos jeunes Asperger de se faire des amis et d’avoir un groupe d’appartenance. Toutefois, pour la plupart, cela leur était très difficile à accomplir. D’autres voulaient démarrer une activité mais ne savaient pas comment s’y prendre. Enfin, la presque totalité de ces jeunes ont non seulement un intérêt particulier qui fait partie du portait clinique mais aussi un intérêt et une grande habileté en écriture. Nous leur avons donc proposé de les réunir autour d’un projet qu’ils devront mettre en œuvre : la rédaction et la publication d’un magazine. Bien qu’anxieux face à la nouveauté, une forte majorité d’entre eux a accepté. Nous les avons réunis dans un local et leur avons dégagé une période à leur horaire de cours. Ils se sont donné des rôles : rédacteur, assistant à la rédaction graphiste… Ils ont choisi le nom de leur publication, choisi les sujets des articles, les ont rédigés et mis en page. Tout ce que moi et mes collègues avons fait est d’être présents pour les guider, les aider à se doter d’un échéancier et le respecter. Bref, de les mettre au défi et de croire en eux. 

Et quelle réussite ! Déjà, la première édition paraîtra sous peu. Nos étudiants ont pu expérimenter concrètement qu’ils étaient habiles à plein de choses : prendre des décisions, gérer des imprévus, trouver des solutions, recevoir les critiques des autres. Ils connaissent mieux à quoi ressemble un travail dans le monde de l’édition. Ils ont aussi réalisé que lorsqu’ils sont dans un groupe d’Asperger, ils sont enfin normaux. Mes collègues et mois étions ceux en situation de handicap car parfois, ils nous perdaient dans leurs discussions très poussées. Nous comptons renouveler la formule au cours de la prochaine session, avec de nouveaux participants. Je reprendrai aussi en rencontre individuelle chacun des participants afin de les aider à consolider leurs acquis au regard de leur choix professionnel. Le lancement du magazine aura lieu le 26 novembre au Collège Montmorency. Dès que la version électronique du magazine sera disponible, je la mettrai en ligne sur ce blogue. 

Si cette pratique vous inspire, je vous invite à en discuter avec moi. N’hésitez pas, que ce soit sur ce blogue, par téléphone ou courriel. 
À bientôt ! 
Émilie Robert, c.o.

vendredi 27 septembre 2013

D'autres outils pour aider nos clients Asperger (TSA) à s'exprimer

Dans mon billet du 24 mai 2013, je suggérais des façons pour aider nos clients ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA, Asperger, TED...) à s'exprimer. En voici une autre.

Comme je l'évoquais, les personnes TSA sont capables d’introspection. Toutefois, il leur est très difficile de nous communiquer cette introspection. Dans son ouvrage Syndrome d’Asperger : Guide Complet(1), Tony Attwood nous suggère d’utiliser des exercices projectifs composés de phrases trouées afin d’aider les personnes Asperger à exprimer ce qu’elles connaissent d’elles-mêmes. Je me suis inspirée de cette suggestion pour me fabriquer un bref questionnaire que j’utilise dans une première ou deuxième rencontre d’orientation avec un étudiant TSA qui m'apparait particulièrement non-verbal et moins mature. En 10 questions trouées, j’explore la perception qu’a l’étudiant de ses forces et ses limites en le mettant en situation concrète. Par exemple : Je me sens nerveux lorsque…; J’aime lorsque les autres font …. ; Je me sens … lorsque je dois travailler en équipe; etc.

Cette façon de procéder permet à la fois de donner un cadre très clair à la personne sur l’information qu’on veut obtenir, mais aussi énormément de liberté quant aux mots choisis. Je me suis rendue compte que cela me donnait davantage accès aux perceptions de mes clients, qui souvent sont très inhabituelles par rapport aux étudiants neurotypiques. L’espace blanc dans la phrase permet au jeune de se projeter, mais dans un cadre et des règles assez strictes. En général, c’est que ce mes clients Asperger aiment : avoir de la liberté dans un cadre très défini et très délimité.

À partir de leurs réponses, nous pouvons ensuite discuter du choix d’études et du choix professionnel. Pour ceux avec qui j'utilise cet outil, moins matures et plus loin du marché du travail, il sera surtout question de choix de programme d’études car la vie adulte leur est encore trop inconnue pour sentir qu’ils peuvent y trouver leur place. Ils ont aussi parfois une méconnaissance du monde du travail et plusieurs rencontres sont consacrées à de l’information scolaire. Pour ensuite regrouper ces informations colligées au fil des rencontres, j'utilise souvent la synthèse « d'équation mathématique » (voir billet du 6 avril 2013). Cela aide le jeune à dégager une idée générale de leur choix vocationnel, ce qui est difficile pour ceux ayant une cohérence centrale faible.

En espérant que cet exercice puisse vous aider dans vos rencontres d’orientation. N’hésitez pas à communiquer avec moi pour plus d’exemples.

Émilie Robert, c.o.


(1) Tony Attwood (2010) Guide complet : le syndrome d'Asperger, Éditions de Boeck.

lundi 16 septembre 2013

Concept clé : La cohérence centrale

 La cohérence centrale est un autre concept clé pour comprendre ce qu'expérimente une personne Asperger ou autiste, surtout au travail ou durant les études. La cohérence centrale est la capacité du cerveau à faire des liens entre les différentes informations qui sont perçues et de les organiser en un tout cohérent. En une fraction de seconde, notre cerveau est capable de distinguer des formes, des couleurs, des sons et de les lier avec des éléments de la mémoire pour y donner une signification claire. Chez les personnes TSA, le cerveau ne fait pas automatiquement ou fait seulement en partie ce travail. Pour prendre un exemple simpliste, lorsque nous regardons un arbre, nous voyons effectivement des feuilles et des branches, mais nous retenons qu'il s'agit d'un arbre. La personne autiste va voir avec beaucoup de détails le relief de chaque feuille, leur variation, la présence de fleurs, etc... mais ne déduira pas spontanément l'ensemble qui s'en dégage. Le sens devra être travaillé « manuellement » et consciemment. C'est la raison pour laquelle la plupart des étudiants que je rencontre ont de la difficulté dans les cours de philosophie, où on leur demande de lire un ouvrage volumineux et d'en dégager une synthèse. Il leur est très difficile d'avoir une vision d'ensemble.

L'exercice qui suit illustre très bien la différence entre une personne ayant une forte et une faible cohérence centrale. Regardez rapidement cette image (1) :

                           H                                      A                A
                        H    H                                   A                A
                     H        H                                  A   A A   A   A
                    H  H  H  H                                 A                A
                   H             H                               A                A
                 H                H                              A                A

Si vous êtes comme moi, vous avez d'abord vu un grand A et un grand H. Ensuite, vous avez remarqué que le grand A était composé de petits H, et le grand H de petits A. Une personne Asperger ayant une faible cohérence centrale aurait répondu : plein de petits H et plein de petits A. L'image d'ensemble ne lui serait pas venue spontanément. Cela lui aurait pris beaucoup plus de temps.

En counseling d'orientation, cela peut se manifester de plusieurs façons.  Je me dois d'être très spécifique, très précise et pointue, car il sera difficile pour mes clients de sous entendre ou dégager l'essentiel de mon message. Par exemple, en questionnant un jeune sur ses difficultés à l'école, je lui ai demandé : « Et les travaux d'équipe ?... » en sous entendant « As tu des difficultés avec les travaux d'équipe ? ». Il a répondu « Qu'est ce que vous voulez que je vous dise au sujet des travaux d'équipe ?». Sans précision, il se devait de tout me dire ce qu'il connaît à propos des travaux d'équipe.

Une façon de remédier à cette difficulté est de rendre nos propos les plus explicites possible, mais aussi de nommer et montrer à la personne les liens entre les informations traitées lors de la démarche d'orientation. Si on ne veille pas à faire mettre sur papier par le client les éléments colligés lors de l'exploration de soi et du monde du travail, le client va repartir avec un inventaire d'informations qui ne mènera pas à l'action, faute de signification. Mon exercice de l'équation mathématique (voir billet du 1er mars 2013) avait en partie cet objectif.

Après ces quelques billets théoriques, je vous parlerai d'activités concrètes à faire avec des personnes TSA et qui éprouvent des difficultés au regard de ces fonctions. J'ai aussi plusieurs suggestions de lectures pour vous. À bientôt !

Émilie Robert, c.o.
Source : Fédération québécoise de l'autisme, www.autisme.qc.ca
(1) Tiré de : Tammet, D. (2007). Je suis né un jour bleu, J'ai lu.

mardi 3 septembre 2013

Un concept essentiel : les fonctions exécutives

La plupart de mes collègues me disent qu'ils ont besoin d'outils concrets et pratiques pour intervenir en orientation avec des personnes ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Autant je les comprends, autant certains concepts théoriques peuvent nous faire avancer d'un grand pas dans nos pratiques.

L'auteur Tony Attwood (Le syndrome d'Asperger -Guide complet, 2010) nous suggère en conclusion de son ouvrage que les psychologues et conseillers travaillant avec des personnes ayant un TSA devraient toujours tenir en compte deux concepts fondamentaux : les fonctions exécutives et la cohérence centrale. Plusieurs personnes Asperger éprouvent des lacunes par rapport à ces deux grandes fonctions du cerveau et plusieurs de leurs symptômes y sont associés. Aussi, ces lacunes auront un impact sur la façon dont elles vont vivre la démarche d'orientation qu'on leur propose et comment ces clients vont intégrer les informations et expériences vécues en counseling.

Les fonctions exécutives sont un ensemble de réactions du cerveau qui nous permet, dans la vie de tous les jours, de s'adapter aux différentes situations. Comme les choses ne sont jamais tout à fait répétitives et prévisibles, nous devons constamment varier nos réponses face à notre environnement. Les fonctions exécutives sont un peu comme l'équipe de relations publiques d'une grosse organisation qui décide constamment de stratégies différentes pour avoir de bonnes relations extérieures.

L'inhibition fait partie des fonctions exécutives et permet à la personne de retenir une réaction automatique et jugée, par soi ou les autres, comme non pertinente ou inappropriée. Vous remarquez que certaines personnes TSA ne semblent pas avoir de filtre et disent tout haut des choses qu'on a appris à retenir. Cela leur donne parfois un caractère juvénile. Dans bien des cas, ce comportement n'est pas mal intentionné, mais exprime une limite neurologique.

La mise à jour est la capacité du cerveau à faire comme un serveur Internet et mettre régulièrement à jour l'information contenue dans la mémoire de travail afin d'intégrer des nouvelles informations. Les personnes Asperger peuvent vous partager qu'elles sont contrariées qu'on change en cours de route les consignes ou directives et elles ont de la difficulté à déroger des informations qui avait été données initialement. En counseling, je n'interromps pas un de mes clients dans une activité.  Si je réalise en cours d'exécution qu'une autre façon de faire serait plus pertinente, je le laisse terminer avant de l'amener sur une autre piste.

La flexibilité mentale, autre fonction exécutive souvent déficitaire chez les Asperger, permet à la personne de passer rapidement d'un comportement à un autre en fonction des changements dans l'environnement. Beaucoup de mes clients Asperger se plaignent qu'il est exigeant pour eux de s'adapter à un nouvel environnement car ils ne savent pas comment se comporter lorsqu'ils perdent leurs repères. La plupart sont capables d'une certaine flexibilité mentale, mais cela se fait « manuellement » et demande beaucoup d'énergie.

La récupération active d'information dans la mémoire est quelque chose aussi de parfois difficile, surtout chez mes clients moins verbaux. Je me rappelle d'un étudiant à qui j'ai demandé quel genre de lectures il faisait. Après m'avoir répondu « De la science-fiction », nous avons passé à un autre thème. Quelques minutes plus tard, il dit très brusquement « Du fantastique ». Voila un autre genre de lecture qu'il aime, mais cela lui a pris un certain temps avant de trouver l'information. Voulant répondre le plus honnêtement possible à mes questions, il a répondu, même si le moment était moins opportun.

L'attention divisée est la capacité d'être attentif à deux activités en même temps. Bien que cette capacité varie beaucoup chez les neurotipyques, elle est généralement déficitaire chez la plupart des personnes TSA. Par exemple, j'évite de parler à mes clients Asperger s'ils sont en train de ranger leurs effets personnels, sortir leur agenda, etc., de même que j'évite de faire moi-même deux choses en même temps avec eux, cela les rend nerveux. Lorsqu'ils sont concentrés sur un « canal » d'information, ils vont perdre le fil de ce qui se passe simultanément.

Enfin, la planification est souvent difficile chez les personnes TSA. Au travail ou à l'école, cette difficulté peut être confondue pour de la nonchalance ou du manque de respect. Bien au contraire, la plupart des personnes TSA sont très soucieuses de l'autorité, de l'ordre et du sens du devoir. Toutefois, il leur est difficile de percevoir quelles actions sont prioritaires aux autres et quelles actions méritent plus d'énergie et de minutie que d'autres. Généralement, mes clients ont tendance à passer d'abord beaucoup de temps sur un travail qui leur plait et vont le parfaire dans les moindres détails, pour ensuite faire une crise d'anxiété car les autres travaux seront remis en retard...

Tous ces éléments nous apprennent comment fonctionne une personne ayant des lacunes au plan des fonctions exécutives. Toutefois, les personnes TSA n'ont pas toutes ces difficultés. Bien que la majorité des personnes Asperger aient des problèmes avec les fonctions exécutives, elles n'en ont pas nécessairement à tous les niveaux. C'est d'ailleurs une limite plus visible chez les adolescents et qui s'atténue à l'âge adulte.

Dans mon prochain billet, je vous parlerai de la cohérence centrale. Ensuite, je vous présenterai un exercice que j'ai conçu pour faciliter l'intégration de l'information en counseling d'orientation en tenant compte des fragilités au plan des fonctions exécutives.

N'hésitez pas à me communiquer, sur ce blogue ou par courriel, si vous voulez en savoir plus ou partager vos expériences !
Émilie Robert, c.o.

Sources :
Attwood, T. (2010). Le syndrome d'Asperger -guide complet, Éditions de Boeck.
Société de neurologie de langue française, www.snlf.net
Centre de réadaptation fonctionnelle neurologique pour adultes, www.crfna.be

vendredi 7 juin 2013

Des suggestions de lecture pour l'été

Vous avez été nombreux à me demander des suggestions de lecture afin de mieux comprendre l'intervention auprès de personnes ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Compte tenu que l'été approche et notre rythme de travail diminue, je trouvais que le moment était propice à ce sujet.

S'il y a un seul ouvrage que vous devriez lire au sujet des TSA, et plus précisément du syndrome d'Asperger, ce serait le livre de Tony Attwood (2010) Guide complet : le syndrome d'Asperger, Éditions de Boeck. M. Attwood est un psychologue clinicien d'origine britannique qui pratique en Australie. Son livre, qui en est à sa 3e édition, s'adresse aux personnes ayant un TSA, aux parents de ces personnes ainsi qu'aux professionnels oeuvrant auprès d'eux. Son objectif est de nous décrire les différents aspects de la vie de ces personnes et nous enseigner des moyens de surmonter les obstacles. Son approche est sensible et nuancée, son discours très clair et concret. Voici un aperçu de la référence aux éditions De Boeck:
http://superieur.deboeck.com/titres/120466_1/le-syndrome-d-asperger.html

Sinon, il existe une panoplie d'ouvrages soit scientifiques ou autobiographiques. J'ai bien aimé l'autobiographie de Liane Holliday Willey (2007) Vivre avec le syndrome d'Asperger : un handicap invisible au quotidien, Chenelère éducation. C'est un livre à la fois touchant et humoristique, qui nous permet de comprendre comment les personnes Asperger appréhendent le monde.

Sinon, une autre autobiographie qui connait un certain succès est celle d'Antoine Ouellette (2011) Musique Autiste, aux éditions Triptyque. M. Ouellette est chargé de cours en musique à l'UQAM et nous partage son expérience de façon très humaine et réfléchie. Il a un blogue sur lequel on peut le suivre : http://antoine-ouellette.blogspot.ca/p/musique-autiste.html

En espérant que ces lectures puissent alimenter vos apprentissages et votre réfléxion !
Émilie Robert, c.o.

vendredi 24 mai 2013

Aider les jeunes ayant un TSA à s'exprimer

Une des grandes difficultés des personnes Asperger est de nous communiquer leurs pensées et leurs émotions, dans notre mode de communication à nous, les neurotypiques. De façon générale, la plupart des gens s'expriment verbalement en utilisant les nuances et subtilités du langage. Bien qu'il y ait des gens plus « visuels » et d'autres plus « kinesthésiques », la parole demeure l'outil principal des entretiens de counseling d'orientation. Car nous avons besoin que la personne se dévoile et nous donne des renseignements sur ses pensées et émotions entourant le choix professionnel. La façon la plus rapide nous semble être la discussion ou des tests standardisés qui n'ont pas été validés avec une clientèle TSA.

C'est en ayant recours à d'autres méthodes que nous pouvons permettre aux personnes TSA qu'elles trouvent un moyen confortable de s'exprimer. C'est en quelque sorte ce qui s'est passé avec la jeune dont je vous parlais il y a quelques semaines (voir billet du 26 avril 2013). Cette étudiante avait une conception très définitive de sa future carrière. Le problème, c'est que ce choix semblait à la fois peu réaliste et à l'encontre des ses forces. Sachant que c'est une étudiante très intellectuelle et qui aime l'écriture, je lui ai posé par écrit des questions très précises ayant pour but de comprendre et exprimer son intérêt pour ce métier spécifique. De cet exercice a émergé qu'elle souhait découvrir et apprendre sur d'autres cultures du monde et exprimait cet intérêt en disant qu'elle voulait devenir diplomate. Elle avait pourtant en aversion les échanges avec des gens qu'elle ne connaît pas ainsi que les situations de réseautage et de socialisation. À travers ses réponses aux questions opérationnelles, elle a pu exprimer qu'elle aime apprendre, chercher de l'information, lire et écrire. Je lui ai parlé de l'anthropologie culturelle et du métier de chercheur en ethnologie et elle a rapidement conclu que c'est dans ce type de profession qu'elle pourrait être heureuse.

Dans d'autres cas, ce sera l'expérience concrète qui permettra au jeune de se comprendre et s'exprimer. Mon jeune Jean-François (voir billets du 14 décembre 2012 et 5 février 2013) était d'accord avec moi qu'il avait des compétences à corriger des textes, mais me disait ne pas aimer cette activité. Étant très obéissant, il a accepté un petit contrat de travail à temps partiel que nous lui avons proposé comme tuteur en français où il corrige les textes des autres étudiants et leur explique leurs erreurs. Voilà maintenant plusieurs semaines qu'il fait ce travail et il nous dit qu'il aime beaucoup cette activité. J'ai compris à ce moment que lorsqu'il disait « Je n'aime pas », cela voulait dire « Cela m'est inconnu et je suis méfiant envers l'inconnu ». Maintenant qu'il a expérimenté et qu'il connaît, il dit qu'il « aime ça ». Je n'insisterai donc jamais assez sur le fait que le langage est à la fois notre allié habituel en orientation mais il peut nous trahir dans notre travail avec les personnes TSA. Il faut trouver des moyens pour rejoindre le mode de langage très personnel du jeune TSA.

J'espère que ces exemples pourront vous inspirer. Vous m'en donnerez des nouvelles.

Lors de mon prochain billet, je vous donnerai quelques suggestions de lecture en prévision de la saison estivale.

À bientôt !
Émilie Robert, c.o.

vendredi 26 avril 2013

Ajuster à chaque client notre façon d'intervenir

Dans mon précédent billet, je vous parlais du jeune Jean-François et de « l'équation mathématique » que j'avais utilisée pour faciliter sa compréhension de son choix de programme et d'éventuel métier. Bien qu'efficace auprès de cet individu, cette métaphore ne conviendrait pas à tous. Et comme tout le monde, les personnes Asperger sont toutes très différentes. J'oserais même dire que les outils d'orientation que j'utilise avec la clientèle neurotypique sont plus facilement généralisables que ceux que j'ai élaborés pour les personnes Asperger. S'il y a une chose essentielle que j'ai retenue de ma pratique jusqu'à maintenant, c'est que les personnes Asperger ont en commun leur diagnostic, mais sont toutes uniques et différentes, les unes des autres et des neurotypiques. À chaque nouveau client, je dois m'ajuster et remodeler mes outils.

Ainsi, je rencontre des étudiants au profil différent de Jean-François, particulièrement les filles Asperger, qui sont anxieuses et pour lesquelles le contrôle est un besoin qui prend beaucoup de leur attention. Avec ces personnes, j'utilise une méthode que j'appelle « l'opérationnalisation » de leur projet d'études et de carrière. L'objectif est de nommer les différentes dimensions du choix de carrière à partir de choses que l'on peut compter, vérifier, toucher, voir, sentir... Cela permet à la fois de répondre au besoin de contrôle et de le déjouer pour démêler le besoin de se rassurer du besoin que comblera leur choix professionnel.

Comme exemple, je peux vous parler d'une étudiante qui a un projet de carrière très rigide et défini, pour ne pas dire contrôlé, et dont le réalisme est ce qui me préoccupe. Mon travail avec elle consiste à décortiquer son besoin et sa motivation à partir d'éléments très concrets et mesurables, afin de répondre au besoin de contrôle. J'évite les questions ouvertes et j'utilise plutôt celles qui mènent à des réponses opérationnelles, comme celles-ci :

1) Qu'est ce qui t'attire dans ce métier ?
2) Nomme moi 5 actions effectuée par les professionnels du domaine  ?
3) Nomme moi 5 vebres d'action qui décrivent tes forces actuelles ?
4) Nomme moi 5 verbes d'action pour lesquelles tu as plus de difficulté ?
5) Quelle est la prochaine action que tu devras faire pour être admise dans ce programme d'études ?
6) Quelles actions devras-tu faire pour décrocher cet emploi ?
7) Y a-t-il d'autres métiers qui font ces actions ?
Etc...

Évidemment, ma cliente a de la difficulté à répondre à toutes ces questions. Nous en prenons une à la fois et plusieurs rencontres sont prévues pour y arriver. Elle doit écrire les réponses qu'elle conserve avec elle. D'une réponse à l'autre, je discute avec elle pour l'aider à faire des liens et tranquillement l'amener à voir qu'il existe plusieurs métiers pouvant lui convenir, pas un seul. Je veux l'amener à sentir qu'elle peut avoir du contrôle tout en avançant vers l'inconnu. Je n'ai pas encore tout résolu avec cette étudiante, mais déjà, elle a pu me nommer des besoins qui s'avèrent différents de son idée de départ. Elle est en mouvement, mais sur un chemin avec beaucoup de panaux de signalisation.

Pour résumer les quelques précédents billets que j'ai publiés, je vous ai présenté un jeune qui avait très peu d'introspection et un cas d'anxiété très prononcée. Dans mon prochain billet, je vous parlerai d'un autre profil de jeunes Asperger et des pistes d'intervention qui s'y rattachent.

Émilie Robert, c.o.

samedi 6 avril 2013

Un exemple concret de démarche d'orientation avec un jeune Asperger

Dans mon billet du 1er mars, je vous ai présenté la métaphore de l'équation mathématique pour structurer ma démarche d'orientation avec un personne ayant le syndrome d'Asperger. Aujourd'hui, je vais vous l'illustrer à l'aide du cas de Jean-François, l'étudiant que vous ai déjà présenté (voir billet du 14 décembre 2012).

J'avais utilisé avec Jean-François un questionnaire simple inspiré de la typologie de Holland pour lui permettre de me nommer ce qu'il aime et ce en quoi il se sent habile. J'avais obtenu peu d'informations mais je les avais tout de même conservées. Ensuite, je lui avais demandé de décrire ce qu'il n'aimait pas dans son programme d'études actuel. J'avais aussi discuté avec son orthopédagogue et ses parents, en sa présence, de ses forces et ses faiblesses. J'ai pu ensuite résumer les informations comme suit :

Ce que j'aime : Écouter des films, l'histoire du XXe siècle, lire mais à mon rythme.
-
Ce que je veux éviter : Les travaux d'équipe, les projets de recherche, les activités qui sortent de l'horaire prévu, la manipulation d'appareils, le contact avec le public.
+
Mes forces (perçues par moi et mon entourage) : Observer les détails, travailler avec précision et minutie, écrire sans faire de fautes.
-
Les limites perçues par mon entourage : comportements compulsifs qui prennent beaucoup de temps, anxiété et grand besoin de sécurité, n'a jamais rien aimé d'autre qu'écouter des films.

Cette synthèse, discutée avec les parents et l'orthopédagogue, a permis d'ouvrir sur le sujet que Jean-François n'aimera sûrement pas un emploi car il n'aime qu'écouter des films, au sens le plus strict (ce qui fait partie de la rigidité des personnes Asperger).  Selon ses parents, il vaut mieux considérer des emplois qu'il est capable de faire et accepter qu'il n'aimera sûrement pas cela.

C'est une discussion sur ses forces qui nous a amenés à trouver des possibles domaines d'études et de travail. Sa minutie, son sens de l'observation, sa qualité du français et son relatif intérêt pour la lecture nous ont fait penser à la révision linguistique. Ses parents lui demandent souvent de corriger des textes pour eux. Son orthopédagogue a aussi remarqué cette force. La révision linguistique est un travail prévisible et solitaire. Il pourrait peut-être travailler à son compte et prendre une charge de travail moindre, histoire d'avoir moins de pression. Au plan des études, Jean-François est est tout à fait admissible au certificat en rédaction, qu'il pourrait combiner avec une majeure en études cinématographiques pour obtenir un baccalauréat. Mais il faudra encore beaucoup de temps avant que Jean-François soit prêt à faire face à ce projet.

C'est le travail en équipe élargie qui a permis cette ouverture et ma méthode par équation mathématique a simplement donner une structure aux différents éléments de la situation et a aidé Jean-François à faire du sens de cette démarche.

En conclusion, Jean-François est d'accord à suivre ce cheminement, bien qu'il ne pense pas aimer la révision linguistique.  Il souhaiterait ne pouvoir qu'écouter des films mais il est conscient qu'il devra gagner sa vie. Il est préférable d'occuper un emploi qui ne présente pas les éléments qui l'irritent.

Cet exemple vous inspire ? Vous voulez partager vos expériences ? N'hésitez pas à m'écrire...

Dans mon prochain billet, je poursuivrai avec une autre piste que j'ai explorée pour contourner l'incapacité d'introspection des personnes Asperger. D'ici là bonne lecture et j'attends vos commentaires !
Émilie Robert, c.o.

vendredi 1 mars 2013

L'équation mathématique de l'orientation avec les personnes Asperger

Dans mon précédent billet, je vous parlais de ce qu'on apprend des neurosciences au sujet de la prise de décision. Dans toute décision prise par l'être humain, qu'elle soit banale ou complexe, le cerveau traite à la fois de l'information extérieure (faits) et intérieure (émotions). Autant cela a pris beaucoup de recherches scientifiques pour le démontrer, aucun conseiller d'orientation ne sera surpris d'apprendre cela. Dans la plupart des démarches d'orientation, nous identifions les émotions suscités par le choix de carrière et les utilisons pour guider notre client. La construction de l'identité, les modèles professionnels, les valeurs, les attentes et espoirs face au futur relèvent tous de la sphère émotive. Nous savons que la compréhension des émotions est une tâche très complexe, voire insurmontable, pour les personnes Asperger. Se projeter dans le futur l'est encore plus, compte tenu que le cerveau doit jongler avec une multitude de scénarios hypothétiques dont la valeur est fictive. Dans ce contexte, il s'impose de travailler avec des données concrètes.

C'est un professeur d'architecture au collège où je travaille qui m'a donné une bonne piste d'intervention.
Il m'expliquait comment il avait réussi à faire cheminer un étudiant Asperger dans l'un de ses cours, en découpant en petites séquences les étapes d'un travail pratique à réaliser à la maison. Il avait observé que l'étudiant n'était pas capable d'inférer les liens entre les différentes étapes du projet à réaliser. Mais lorsqu'on décortiquait le travail en séquences, il comprenait facilement la tâche. J'ai décidé de revoir ma démarche d'orientation avec les clients Asperger de cette façon. Je l'ai présentée comme la résolution d'équations mathématiques. Je vous entends déjà dire que vous n'aimez pas les maths et que la relation d'aide n'a rien à voir avec les calculs... Mais faites moi confiance en poursuivant ces quelques lignes.

Pour qu'une équation mathématique puisse être résolue, nous devons avoir un minimum de variables inconnues et un maximum de variables connues. La première étape avec le client Asperger est d'identifier quelles variables on cherche et quelles variables on connait. La variable inconnue est le programme et/ou métier à poursuivre et les variables connues sont ses expériences et caractéristiques personnelles.

Notre première équation aura 3 variables :
1) L'ensemble des sujets d'intéret, passions, moins les actions ou contextes qui déplaisent au client;
2) Les forces, moins les limites perçues par les parents, intervenants et professeurs du client (1);
3) La 3e variable est la variable inconnue, qui se retrouve de l'autre côté du signe égal.

Voici à quoi ça ressemble :
(ce que j'aime - ce que je veux éviter) + (forces - limites perçues par l'entourage) = métier potentiel

Vous reconnaissez tout de suite la démarche qu'on peut appeller traditionnelle. C'est surtout un changement de langage, de format et de présentation en séquence que je propose. De plus, le recours à la famille, aux proches et à l'équipe multidisciplaire est esssentiel. C'est avec leur aide que nous pouvons compenser pour les difficultés d'introspection. Nous pouvons ensuite présenter sur une grande feuille un schéma qui synthétise en quelques groupes de mots clés les informations colligées. L'étape suivante est de résoudre l'équation avec le client, à savoir, identifier la variable inconnue du métier qui équivaut aux autres variables. Cette étape impliquera plus de directivité de la part du conseiller et un bon travail de recherche d'information scolaire et professionnelle.  

Avant de vous perdre avec trop d'informations, je m'arrête ici. Dans mon prochain billet, je vous présenterai un exemple fictif mais inspiré d'un cas réel. Comme à la fin de chaque billet, je vous souhaite une bonne lecture et j'attendrai vos questions et commentaires !
Émilie Robert, c.o.

(1) Les éléments de la variable 2 sont identifés grâce à des rencontres avec les professeurs, intervenants et parents de l'étudiant. Nous devons obtenir le consentement écrit de l'étudiant pour pouvoir communiquer des informations relatives à la démarche d'orientation du client avec ces tierces partis.

mardi 5 février 2013

L'introspection, l'orientation professionnelle et Asperger

Lors de mon dernier message, j'avais évoqué la capacité d'introspection des personnes Asperger. Ce billet portera essentiellement sur ce sujet.

En orientation scolaire et professionnelle, nous utilisons beaucoup la capacité d'introspection de nos clients. Par des activités de réflexion, de l'écoute active, des reflets, de la confrontation et à travers une relation d'aide qui se construit, nos clients progressent et trouvent des solutions. C'est en grande partie leur capacité d'introspection qui leur permet d'intérioriser ce qui se vit dans les rencontres de consultation et de les traduire par la suite en action. Autant la capacité d'introspection varie d'une personne à l'autre, on sait qu'elle est très faible chez les personnes Asperger. Cela s'explique par la manière dont le cerveau perçoit, traite et organise l'information provenant de l'extérieur et de l'intérieur de la personne. Étant inondé d'informations difficilement traitables, le cerveau priorise l'information provenant du monde extérieur à la personne. Avant de vous perdre dans les explications complexes, voici un exemple provenant du cas présenté dans mon dernier billet.

J'avais aidé mon étudiant, Jean-François, à identifier ses principales forces à partir de questionnaires et de discussions. Il avait réussi à identifier des forces à partir de ses résultats scolaires et de la rétroaction de ses professeurs et de son orthopédagogue. Je lui ai ensuite montré des monographies de professions sur Repères et lui ai demandé de me dire quelles professions lui ressemblaient. Il ne comprenait pas du tout la tâche et ne savait pas quoi faire. Lorsque j'ai reformulé ma demande en indiquant d'identifier les professions qui ont les mêmes caractéristiques que sur la feuille de son bilan de compétence, il a compris et réussi la tâche. Toutefois, une fois cette étape complétée, il ne savait pas quoi faire avec ces professions. Il n'avait aucune intention de les envisager comme des choix de carrière potentiels. Il ne pouvait pas s'approprier cette ressemblance entre ses forces et les métiers présentés.

Je me suis donc retournée vers les neurosciences afin de trouver des pistes pour dénouer mon impasse. Ma méthode tradionnelle ne fonctionnera tout simplement pas.  J'ai lu quelques bouquins pouvant m'éclairer un peu. J'ai appris que le jugement et la prise de décision sur des sujets personnels et sociaux sont des fonctions cérébrales assumées par une région du cevreau qu'on nomme le lobe ventro-médian du cortex préfontal. Pour qu'une décision soit prise par une personne, et surtout une décision complexe comme  un choix de carrière, le cerveau active entre autres la région responsable du traitemenet des émotions.

Cela m'a amenée sur une piste. Les personnes Asperger ont énormément de difficultés à comprendre leurs messages émotifs (encore plus ceux des autres). Elles ressentent des émotions, mais leur ceveau ne convertit pas cela en information concrète. Il faut donc contourner cet obtsacle et pour y arriver, je me suis remis à la planche à dessin pour élaborer des acitviéts à utiliser dans la démarche d'orientation.

Dans mon prochain billet, je vous donnerai des exemples et explications à ce sujet.
D'ici là, je vous invite à venir échanger vos questions ou commentaires !
Émilie Robert, c.o.

Référence : Antonio R. Damasio, L'Erreur de Descartes : la raison des émotions, Paris, Odile Jacob, 1995.