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vendredi 28 septembre 2012

Syndrome d'Asperger

Dans mon précédent billet, je parlais de différents troubles que nos étudiants peuvent éprouver, et plus particulièrement le syndrome d’Asperger. Mais qu’est-ce au juste ? Liane Holliday Willey(2007), une Américaine elle-même Asperger, écrit dans un livre autobiographique : « Ces gens qui ne trouvent jamais tout à fait leur voie sans pour autant la perdre tout à fait ». Je dirais que c’est le sentiment spontané que l’on a lorsqu’on amorce une démarche d’orientation avec une personne Asperger. C’est comme si la personne savait à la fois tout à fait ce qu’elle veut et pas du tout.
Plus scientifiquement, on définit généralement le syndrome d’Asperger comme un trouble du développement qui se caractéristique par un certain nombre de critères. Selon Gillberg (1991, cité dans Atwood, 2009), on identifie les personnes Asperger d’abord par des :
1) Difficultés à interagir avec les autres : indifférence au contact des autres, difficulté à interpréter les indices sociaux, comportement socialement et émotionnellement inapproprié);
2) Intérêts restreints;
3) Besoins compulsifs de mettre en place des routines qui affectent chaque aspect du quotidien de la personne;
4) Particularité de la parole et du langage;
5) Problèmes de communication non verbale : usage limité des gestes, langage corporel maladroit, expression faciale limitée ou inappropriée, regard particulier, voire, fixe;
6) Motricité maladroite.
Pour la personne Asperger, chaque apprentissage et chaque traitement de l’information exigent une action consciente, qu’on pourrait décrire comme manuelle par opposition à automatique. Cette contrainte neurologique rend très anxieux, car les personnes Asperger appréhendent constamment l’inconnu, où tout est à faire ou à refaire. C’est souvent une routine stricte qui les encadre et les rassure. La rigidité typique des personnes Asperger est souvent la meilleure façon qu’elles ont trouvée pour gérer l’anxiété causée par le fait de vivre dans un monde incohérent. Et s’il y a bien quelque chose d’incohérent et contradictoire dans la vie, c’est bien l’être humain ! Pas surprenant que la principale difficulté des Asperger concerne les interactions sociales. La vie sociale exige beaucoup de traitement d’information, à la fois le contenu manifeste d’un échange, mais les règles sociales implicites, le non verbal, les émotions. Atwood (2009) nous livre une éloquente métaphore pour illustrer l’expérience de la personne Asperger : c’est comme de devoir faire un casse-tête sans avoir vu l’image sur la boîte. L’essai et erreur est très grand…  Compte tenu de l’exigence que représentent le choix de carrière et l’insertion en emploi, on peut comprendre que les décisions vocationnelles sont particulièrement complexes pour ces personnes. Mais en quoi ? Qu’en diriez-vous ? J’attends vos réactions, expériences et commentaires !
Émilie Robert, c.o.
Références :
Atwood, Tony (2009). Syndrome d’Asperger, guide complet, De Boeck.
Holliday Willey, Liane. (2007). Vivre avec le syndrome d’Asperger, Chenelière Éducation.

jeudi 13 septembre 2012

Intervenir auprès d'étudiants en situation de handicap, en quoi est-ce différent ?

Plusieurs de mes collègues conseillers d'orientation s'interrogent sur l'éventuelle croissance d'une population étudiante ayant des troubles et besoins particuliers. Certains s'inquiètent de manquer de temps, d'autres, de ressources et d'information pour bien intervenir auprès de ces clients. Afin de nous entraider, voici une premier billet qui a pour but de susciter la réflexion et l'échange.

Premièrement, en quoi est-ce différent d'intervenir auprès d'une telle clientèle ? Selon mon expérience, il y aurait 3 grandes catégories de démarches d'orientation que j'effectue avec les étudiants en situation de handicap.

1) Celles pour lesquelles il n'y a pas de différence. Comme tous les autres clients, les étudiants en situation de handicap sont uniques, ont des ressources, des limites et une personnalité qui leur est propre. Ils s'engagent dans une démarche d'orientation avec l'espoir de trouver une solution et font les efforts nécessaires. Ce sera notamment le cas de la majorité des étudiants qui ont un trouble d'apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie). Ils devront évidemment s'assurer de choisir un parcours scolaire qui leur convient et de se doter de mesures pouvant les aider à réussir, sans que leur choix vocationnel n'en soit plus complexe.

2) Il y a des démarches d'orientation se vivent de la même manière qu'avec les autres étudiants, mais les options d'études ou de carrière nécessiteront des adaptations. C'est le cas notamment des étudiants ayant des limitations fonctionnelles, ayant différents problèmes neurologiques ou difficultés situationelles.

3) Enfin, il y a des démarches d'orientation qu'on doit complètement remodeler. Les étudiants avec lesquels cette réalité est la plus frappante sont les étudiants qui ont un trouble du spectre de l'autisme, pour lesquels la façon d'être en relation est très différente. Aussi, les étudiants qui ont un trouble de santé mentale n'auront souvent pas le niveau d'énergie ou de disponibilité affective pour faire une démarche d'orientation que j'appelle classique. De prime abord, la première chose qui change est le temps. Ces démarches sont beaucoup plus longues et évoluent à un rythme beaucoup plus lent, avec de fréquents retours en arrière.

C'est donc à propos de ces derniers étudiants et plus spécifiquement ceux ayant un trouble du spectre de l'autisme que je vous écrirai dans un prochain billet. D'ici là, j'attends vos questions et commentaires à propos de cette clientèle de plus en plus présente dans nos collèges et qui, bonne nouvelle, réussit très bien au collégial.

À bientôt !
Émilie Robert, c.o.